Après la diffusion du 8 septembre dernier sur ARTE, Idéale Audience International édite en DVD le documentaire de Marie-Monique Robin qui est à l'origine du processus de réincarcération des anciens généraux argentins impliqués dans les dictatures.
Le DVD contient en supplément 70' d'interviews inédites.
Mars 1976 : le général Rafael Videla prend le pouvoir en Argentine. Désormais, tous les pays du cône sud vivent sous la coupe des militaires. Exécutions sommaires, tortures, disparitions : qu'ils s'appellent Stroessner au Paraguay ou Pinochet au Chili, tous mènent une répression féroce au nom de la lutte contre le communisme. Coordonnée à un niveau continental grâce au fameux « Plan Condor », la guerre sale fait des dizaines de milliers de victimes sous l'œil bienveillant des Etats-Unis, qui fournissent un soutien militaire et financier.
Si cette histoire est connue, le rôle qu'a joué la France dans la genèse des dictatures latino-américaines, et tout particulièrement en Argentine, l'est beaucoup moins. Fruit d'une enquête de deux ans mené par la réalisatrice Marie-Monique Robin, le film Escadrons de la Mort : l'Ecole Française révèle l'implication directe de militaires français dans l'histoire des guerres sales d'Amérique du Sud : après la guerre d'Indochine, où naquit la théorie de la « guerre révolutionnaire », puis la Bataille d'Alger, où s'élabora la « doctrine française », la France et son armée ont exporté, en véritables experts, les méthodes de « guerre antisubversive » développées pour lutter contre les combattants algériens du Front de libération nationale.
Dès la fin des années cinquante, à la demande du gouvernement français, des officiers ayant fait leurs classes pendant les guerres coloniales ont pris la route de Buenos Aires, de Rio de Janeiro ou de Fort Bragg, le siège des Forces spéciales de l'armée américaine. Ils vont y enseigner leur « savoir faire » : techniques du renseignement, quadrillage urbain, démantèlement de cellules clandestines, torture et disparitions. Des interviews exclusives de l'ancien ministre des Armées Pierre Messmer, des généraux Paul Aussaresses et Marcel Bigeard, du colonel Charles Lacheroy, des généraux Reynaldo Bignone (le dernier dictateur argentin), Albano Harguindéguy (ministre de l'Intérieur de la Junte argentine), Manuel Contreras (chef de la police secrète de Pinochet), John Johns et Carl Bernard (anciens élèves d'Aussaresses à Fort Bragg) nous révèlent une page totalement occulte du pays des Droits de l'Homme.
UN IMPACT INTERNATIONAL
Lors de sa première diffusion en septembre 2003 sur Canal +, Escadrons de la Mort : l'Ecole Française a déclenché un raz-de-marée de protestations, tant l'importance des révélations qu'il contient a touché associations de victimes, associations de protection des droits de l'homme, familles des « desaparecidos » et le public français. Le film a été commenté dans une quarantaine de journaux et magazines, dont Newsweek, la Stampa, le Monde, L'International Herald Tribune.
La diffusion d'extraits du film en Argentine a précipité l'ouverture d'une nouvelle enquête sur les exactions commises par d'anciens militaires impliqués dans le « Plan Condor », et précedemment amnistiés. Cette enquête a abouti, le 11 juillet 2004, à l'arrestation de trente-deux anciens chefs de la dictature (1976-1983), dont le Général Harguindeguy, ancien Ministre de l'Intérieur, et le Général Diaz Bessone, ancien Ministre de la Planification et président du Cercle Militaire.
L'ÉDITION DVD
Idéale Audience International édite avant tout le DVD de ce film pour qu'il reste dans les mémoires et dans le but de communiquer au public la quasi-totalité des interviews filmées par Marie-Monique Robin au cours de son enquête. Une partie importante des documents n'a en effet pu être retenue dans le documentaire pour des raisons de durée.
L'édition contient donc 70 minutes d'interviews supplémentaires, en plus des 52 minutes du film. Ces suppléments ont été montés thématiquement et détaillent de façon plus approfondie l'enseignement pratique et théorique que les officiers français ont tirée des guerres coloniales en Indochine et en Algérie, puis la « greffe » argentine, l'exportation de ces techniques aux Etats-Unis et enfin la « confession » fracassante de trois généraux argentins : Harguindeguy, Diaz Bessone et Bignone.
Ce « bonus » comprend également des révélations d'anciens officiers français et des interviews supplémentaires d'ex-agents de la CIA, qui tracent des parrallèles entre la situation sud-américaine à l'époque et l'engagement actuel des Etats-Unis en Irak.
Distribué en France par les Films du Paradoxe, le DVD sera mis en place en magasins au début du mois de septembre pour coïncider avec la sortie du livre du même titre que Marie-Monique Robin publie aux Editions La Découverte (456 pages) et la première diffusion en clair du film en France, sur Arte le 8 septembre à 20h45.
LA RÉALISATRICE
Née en 1960, Marie-Monique Robin est lauréate du Prix Albert Londres (1995). Journaliste et réalisatrice, elle a réalisé de nombreux documentaires, couronnés par une dizaine de prix internationaux, et reportages tournés en Amérique latine, Afrique, Europe et Asie. Elle est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Voleurs d'organes, enquête sur un trafic (Bayard), Les 100 photos du siècle (Le Chêne/Taschen), et Le sixième sens, science et paranormal (Le Chêne).
LES RÉCOMPENSES DU FILM
• Laurier du meilleur Documentaire Politique de l'année 2003, décerné par le Club Audiovisuel de Paris.
• Prix 2004 de la Meilleure Investigation au F.I.G.R.A., Le Touquet.
• Prix 2004 du Mérite décerné par The Latin American Studies Association, Las Vegas.
Voir la fiche
|