Pierre Henry ou l'art des sons dans TeleObs du 5 décembre 2008
Portrait intime et passionnant d'un compositeur prolifique et visionnaire.
Mon besoin de créer est venu très tôt , raconte Pierre Henry. Je crois que c'est la nature qui a commencé à m'influencer. Les bruits que j'entendais pendant mon enfance, je les ai beaucoup entendus et ça m'est resté comme vie intérieure. Les oiseaux... Dans mon parc, il y avait une vraie source, tout ce côté aquatique et scintillant, les cris que je poussais, la découverte des analogies entre le train qui passait au fond du parc qui était assez loin mais qui faisait des phasings comme l'orage... cet interêt que j'ai eu très vite de bruiter mes instruments de musique, de trouver des analogies avec ce que je faisais dans la maison et ce que je pouvais entendre dehors. Mon enfance a été la meilleure mise en train d'être-musicien novateur. Ce 9 décembre, Pierre Henry fête ses 80 ans. dans les années 50, il fait scandale en inventant la musique concrète avec Pierre Schaeffer au Groupe de Recherches musicales de l'ORTF (GRM) qui ouvre des horizons nouveaux ppur les compositeurs contemporains. La musique ne s'écrit plus alors avec des notes sur une partition destinée à des interprètes, mais à partir des sons et des bruits de notre environnement, collectés, montés et transformés par la machine.
Novateur radical, pionnier de la musique éléctroacoustique, Pierre Henry inspira au chorégraphe Maurice Béjart des créations qui les rendirent célèbres dans le monde entier : La Symphonie pour un homme seul, composée en 1950 avec Pierre Schaeffer, puis Variations pour une porte et un soupir et Messe pour le temps présent présentées en 1966 et 1967 au Festival d'Avignon.
Aujourd'hui, les jeunes musiciens du monde entier, et particulièrement les DJ férus d'éléctronique se réclament d'un art du son que ce maître du happening n'a jamais cessé d'approfondir et de réinventer. Il renouvelle également les conditions de l'écoute en invitant l'auditeur à découvrir ses oeuvres chez lui dans une "maison de sons" qui est à la fois son lieu de vie et l'atelier où il est archivé au fil du temps, une matière sonore d'une incomparable richesse, faite de milliers d'enregistrements.
Nous avons suivi Pierre Henry au quotidien dans son travail d'enregistrement de sons, de mixage, de création expliquent les réalisateurs Eric Darmon et Franck Mallet. Il a une organisation du travail très rigoureuse. Nous avons voulu donner à voir l'aspect le plus intime de ce compositeur majeur de notre temps, tous styles confondus. C'est un cérémonial assez fascinant de le voir recevoir un public très varié de jeunes et de moins jeunes lors des concerts qu'il organise chez lui, dans le 12e arrondissement de Paris. Sa maison est complètement investie par le public avec lequel il a un contact très aisé. Un public également interpellé par le déploiement impressionant de la technique et les étonnantes toiles concrètes qui décorent les murs de sa maison et qui sont réalisées à partir de ses outils de compositeurs. Ce qui me tente, c'est le son uniquement. Le son seul avec mes pensées. Qu'est ce que je vais en faire de ce son ? Eternellement ? s'interroge le compositeur au terme de ce documentaire passionnant. C'est à la fois un enfer et quelque chose d'extraordinaire.
André Delacroix
Chronique du DVD Classic Archive Nathan Milstein/Adrian Boult dans Diapason septembre 2007 :
Milstein fut un prince, chacun de ses émoignages le confirme. Du concerto de Beethoven, dont il fut l'un des interprètes les plus inspirés, il offre ici une vision alerte, "sans rien qui pèse ou pose". Une liberté mesurée, une aisance suprême et une spontaneité évidente confèrent à son jeu une autorité naturelle. Cette variété des coups d'archets, cette métrique juste et cette fraîcheur d'inspiration caractéristiques de son style donnent à son interprétation une élégance intemporelle. Si la prise de son place le soliste assez loin, de beaux oplans de détails permettent d'apprécier sa formidable maîtrise de l'instrument et de la sonorité. Milstein articule et phrase comme un chanteur, usant d'une liberté justement dosée, notamment dans ses propres cadences, modèles de gôut et d'invention l'orchestre est vigoureux, cohérent, ample, incisif mais un rien raide, dirigé avec fermeté par Adrian Boult dont la silhouette aristocratique paraît tout droit sortie du XIXe siècle. Les cadrages parfaitement en phase avec la partition, et les couleurs font de ces images sans doutes les plus belles qu'on ait de Milstein en concert. Boult propose ensuite une version imaginative de la Symphonie n°8de Vaughan Williams, ou l'orchestre colle à la moindre intention du chef, l'oeil fixé sur la pointe de sa baguette. Avec un juste sens du burlesque dans le second mouvement, un brin d'humour et de nostalgie dans la cavatine, sans oublier de délicates teintes orientales dans la Toccata.
Jean Michel Molkhou
Ce DVD a été récompensé par un DIAPASON D'OR
Chronique du DVD Dialogues Avec Soljenitsyne dans le Figaro Magazine du 11 Aout 2007 :
"Rien n'éduque mieux l'esprit que la souffrance". Formulé par l'ancien Zek Alexandre Soljenitsyne, le mot ne relève certes pas de la rodomontade ou de la posture. L'auteur d'Une journée d'Ivan Dennisovitch (écrit en quarante jours !) a accordé au cinéaste Alexandre Sokourov un long entretien filmé dans sa maison russe proche de Moscou, quelques années après son retour d'exil. Un échange plus qu'une interview, qui a pour cadre la forêt qui borde le domicile de l'ancien dissident et le bureau où il travaille. Peu de plans (mais quelques-uns étonnants, qui tentent de deviner le fond de cet incroyable regard visionnaire ou la texture de ces doigts qui dessinèrent l'horreur concentrationnaire soviétique), une seule intervention extérieure (la femme du maître), des réfléxions d'une justesse et d'une sagesse exemplaires : sur l'homme, la foi, la langue russe, l'Amérique, le pouvoir...Après Dostoievsky, Soljenitsyne redit son aversion pour le rousseauisme béat, les lumières et le culte du progrès synonyme de vide spirituel. Décrypte les oeuvres de Tchekhov, Platanov et Karamzine. Sourit de la malicieuse pertinence de certaines questions ("Votre âme est elle plus jeune ou plus âgée que vous ?"). Pleure de voir les chefs de file de la nouvelle littérature russe privilégier l'esthétique plutôt que l'éthique de leurs aînés. Trois heures d'une rare intensité intellectuelle à déguster en attendant la sortie à la fin de l'été, de l'excellent Alexandra, tourné en Tchétchénie, du même Sokurov.
Jean-Christophe Buisson
Chronique du DVD Classic Archive Julia Varady dans le numéro juillet-aout 2007 du magazine Diapason :
On eu souvent l'impression que Julia Varady, immense cantatrice, n'occupait pas la place que son exceptionnel talent méritait. Est-ce une injustice que répare ce documentaire réalisé par Bruno Monsaingeon avec le tact et la perspicacité qu'on lui connaît ? Peut être. On y suit la femme et l'artiste, depuis l'enfance, les débuts en Roumanie, la consécration à Munich, sans tomber dans l'anecdote, le superflu, l'inutile. Filmée avec une réelle tendresse, elle se confie sans fard mais avec pudeur, mettant en avant sa passion pour le chant, son exigence de musicienne, sa volonté sans faille, sa décision de quitter la scène (les abus des metteurs en scène y sont pour beaucoup), son amour partagé pour Dietrich Fischer-Dieskau-son baryton de mari lui fait travailler, en bonus, Der Tod un das Mädchen et ne lui passe rien ! Tourné à l'orangerie de la banque Paribas, le concert propose des Wesendonck-Lieder incandescents, la voix, fermement soutenue par le piano aux riches sonorités de Victoria Postnikova, phrasant avec la subtilité d'un instrument à cordes sans oublier de donner chair et vie aux mots. Des moments d'une extraordinaire intensité, auxquels on ne peut échapper.
Ce DVD a été récompensé d'un Diapason d'Or
Chronique du DVD La Danse De Jupiter dans le numéro du 15 mai 2007 des Inrockuptibles.
Chez ces gens-là, on ne vit pas monsieur, on ne vit pas : on danse et on chante. Volià en résumé Jupiter's Dance, film où s'entrevoit le désastre social, économique, écologique, humain de Kinshasa, jadis appelé "Kin la Belle", aujourd'hui "Kin la Poubelle"; film d'où s'échappe en signaux forts la bluffante aptitude de la capitale congolaise à conjurer ses malheurs par la musique. Pour se faufiler dans ses quartiers déshérités, les deux réalisateurs ont chosi de suivre la trace d'un certain Jupiter Bokondji, grand échalas émascié, jamais à l'écran sans humour, sans son sourire de poète et sa chemise aux larges épaulettes rouges de général d'opérette. Animateur du groupe Okwess International, qui rassemble des musiciens et des rythmes originaires de plusieurs ethnies (le pays en compte 450), Jupiter symbolise cette scène dont la seule arme pour se faire entendre est la débrouille. Ca va de l'invention d'instruments conçus avec des matériaux recyclés- ainsi le "satongé" (une boîte de conserve, un bout de bois, un fil de fer) dont Roger Landu, jeune virtuose de 14 ans- à l'organisation de soirées en plein air où il faut dérouter les fils des poteaux éléctriques pour alimenter la sono. Flotte sur ces images un parfum de désespoir digne, comme si la musique restait le dernier horizon et le dernier médecin. Mais, par contagion, il communique aussi une certaine exaltation, celle dont ne se départissent jamais ces stars qui ne brillent que dans le ciel du ghetto : Rin-Ka, 24 ans, première rappeuse de Kin, belle comme Beyoncé, enragée comme 50 Cent, Staff Benda Bilili, incroyable big-band formé de handicapés et d'enfants des rues; Kimono qui s'accompagne d'une basse faite main et dont le chant rappelle Lokua Kanza. Ce film, émouvant car dénué de prétention didactique, traite moins de
pauvreté et de maltraitance d'Etat que de stratégies obliques et de richesses intérieures. Une réussite à laquelle d'ajoute delle du CD où se succèdent ces géniaux anonymes.
Francis DORDOR
Chronique du DVD Classic Archive Ivry Gitlis dans le numéro de juin 2007 du magazine Diapason
Les témoignages filmés d'Ivry Gitlis sont rares, et si l'on excepte un récital tardif paru au Japon voici une quinzaine d'années, l'ensemble réuni içii pour la première fois constitue l'essentiel des archives actuellement disponibles. Il suffit de voir ce musicien hors normes et hors modes jouer Tchaïkovsky les yeux clos, avec une virtuoisité éléctrique, un engagement prodigieux et une prise de risque maximale pour comprendre qu'il fut l'un des plus formidables violonistes du XXe siècle. Immergé dans son monde intérieur, il fait vivre chaque note pour en révéler l'âme avec un panache qui n'appartient qu'à lui, les gros plan sur sa main gauche ou sur l'archet permettant d'approcher au plus près sa technique flamboyante . Tendu comme un arc, son jeu donne bien du fil à retordre à un chef qui fait de son mieux pour sortir l'orchestre de sa routine. Suivent plusieurs initiatives piochées dans les plus célèbres émissions musicales télévisées de l'époque. Que ce soit dans le salon guindée de Bernard Gavoty ou sur le plateau plus "hippie " de Guy Béart, Gitlis, en
parfaite harmonie avec le milieu qui l'entoure - coupe stricte et cravate ou cheveaux longs et col ouvert - fascine par sa liberté, sa facilité et plus encore par la richesse de son imagination. Sens de la rhapsodie, brio, sensibilité à fleur de vibrato, chacune de ses interprétations porte sa signature inimitable. Et ce n'est pas sans émotion que l'on retrouve au piano à ses côtés Tasso Janopoulo, qui fut le partenaire des plus grands, à commencer par Jacques Thibaud, puis le jeune George Pludermacher à l'aube de sa carrière. Des documents irremplacables.
Jean-Michel Molkhou
Ce DVD a été récompensé par un DIAPASON D'OR
Chronique du DVD Classic Archive Legendary British Performers dans le numéro de juin 2007 du magazine Diapason
Intéressant. Mais terriblement frustrant. Parce que réduit à des bribes, à des images dont certaines (les plus anciennes datent de 1954) ont passablement vieilli, et à un son fluctuant. Une douzaine de minutes de la toute jeune Jacqueline Du Pré suffisent pour émouvoir, un petit quart d'heure du duo Pears/Britten pour percevoir l'intime complicité qui unissait le chanteur et le pianiste/compositeur, et la poési du Schiubert de Solomon séduit immediatement. Mais le timbre de Deller père ne sort pas flatté de l'aventure (d'autant qu'en 1972 il avait perdu une partie de sa lumière), l'impétueux Dvorak de Barbiroli est desservi par une prise de son précaire, la "Dante" sous les doigts agiles de John Ogdon reste quand même bien civile, et le pleurage sonore qui se manifeste indiscrètement au long du bref récital de Myra Hess (1954) n'arrange pas une vision délibérément romantisante et sentimentale. Reservé, donc, aux collectionneurs. Dommage !
Chronique du DVD Classic Archive Karl Richter dans le numéro de juin 2007 du magazine Diapason
Le 8 avril 1964, Karl Richter (1926-1981) est invité par l'ORTF à diriger le Philarmonique et les choeurs maison dans des Bach de pédiléction mais dans le plus innatendu Requiem Allemand. Ce concert filmé sans imagination dans une salle Pleyel "ancienne manière" pauvre d'âme, avec une caméra plan-plan, un chef cadré selon un profil unique et une masse chorale à la sonoritée datée, n'a certes pas de quoi soulever les foules. En images, Karajan (à Vienne), qui entretenait une proximité unique et profonde avec l'oeuvre puis Abbado (avec Berlin), riche d'un choeur de la Radio suédoise et d'un Bryn Terfel très séduisants, ont fait meiux par la suite. Tout le Karl Richter intègre et humaniste, fils de pasteur dont la quête musicale est aussi spirituelle en ces pages d'essence luthérienne est pourtant là : le film, et ce n'est pas le moindre de ses charmes, permet d'ailleurs de scruter entre chaque mouvement son doux regard impénétrable. Sans négliger un "Philar" alors peu coutumier de ces pages, le fondateur du Münchener-Chor se montre logiquement attentionné pour les artistes du choeur, dont il accompagne le chant du geste et su visage, non sans résultats. Le couple de solistes, Evelyn Leat et Thomas Stewart, laisse une impression mitigée : la noblesse de ligne de madame n'est pas en cause, mais monsieur, bel organe un peu hors de style içi, a-t-'il conscience de ce qu'il chante ? En bonus pas de documentaire mais un complément de programme également issu des archives de l'Ina. A Paris, dans une salle anonyme, une autre baguette allemande solide, Hans Schmidt (1900-1973), dirige un Wagner orchestral un peu superficiel mais précia, à tout le moins élégant, et qui ne sied pas trop mal au National.
Benoît Fauchet
Chroniques des DVD Classic Archive Julia Varady, Adrian Boult et Legendary British Performers dans le numéro de mai 2007 du Monde De la Musique de Mai 2007. Ces trois titres ont obtenus un Choc De La Musique.
Adrian Boult
Longtemps lié à l'Orchestre symphonique de la BBC et à l'Orchestre philarmonique de Londres, Sir Adrian Boult (1889-1983) avait une technique héritée de son maître Arthur Nikisch. Interprète de premier ordre de Beethoveen, Schubert, Schummann, Wagner et Brahms, il se révèle d'une rare musicalité lors de de concert filmé du 6 février 1972 au Royal Festival Hall de Londres. Ce sont la clarté, l'équilibre, le dosage des sonorités et des timbres, la dynamique qui suscitent presque paradoxalement la tension expressive dans ce Concerto Pour Violon en ré de Beethoven où Nathan Milstein (1903-1992), aussi sobre qu'inspiré, offre au-delà d'un son élégant et mince une flamboyance d'idées fascinante. Le chef et le soliste (qui joue ses propres cadences) défendent une conception homogène et magnifient la cohérence d'un discours qui se prête, par l'incroyable légèreté de ses élans, au tracé de développements complexes et à la représentation de structures émotionnelles neuves.
Ami intime de Ralph Vaughan Williams et créateur, entre autres, de ses essentielles Troisième, Quatrième et Sixième Symphonies, Boult est particulièrement dans son élément dans cette sorte de "concerto pour orchestre" qu'est la Huitième Symphonie enregistrée et filmée au Royal Festival Hall le 18 octobre 1972. Il en impose une lecture puissante mais exempte de lourdeur, où la décantation des lignes et le contrôle du phrasé s'accompagnent d'une ample et souple respiration.
Patrick Szersnovicz
Legendary British Performers
Plus d'une heure et demie de documents tirés des riches archives de la BBC, quel bonheur ! La séléction des interprètes a été sévère et ne comprend que des géants : d'abord Jacqueline Du Pré, avant qu'elle ne rencontre Daniel Barenboim. Toute jeune, cheveux courts, déja ivre de musique et totalement abandonnée à son violoncelle, elle est accompagnée avec amour par sa mère au piano. Qu'y a-t'il de plus beau qu'une mère et sa fille jouant de la musique ? C'est l'anti Sonate d'automne d'Ingmar Bergman ! Ensuite Britten accompagnant Peter Pears dans des chants traditionnels avec une élégance décontractée, typiquement british. Qu'y a-t'il de plus beaux qu'un compositeur jouant de la musique avec son ami, si ce n'est le même Peter Pears chantant a capella The Shooting Of His Dear, ou Britten jouant Mozart avec des musiciens de la classe de Cecil Aronowitz, l'alto supplétif du Quatuor Amadeus ? La magie continue avec Alfred Deller, qu'on regarde comme un prophète et qu'on écoute comme un ange. Ses duos avec son fils Mark ajoutent à l'émotion. John Barbirolli dirigeant le Scherzo capriccioso de Dvoràk est moins excitant et pas très bien filmé. John Ogdon, lui, mérite toujours les palmes dans Liszt, ne serait-ce que pour sa concentration impressionnante. Solomon nous donne un Schubert cristallin et un peu rapide, tandis que Myra Hess soulève l'enthousiasme en jouant "son"Bach (Jésus que ma joie demeure et une Sonate op.110 qui nous fait mieux comprendre pourquoi Stephen Kovacevich (son élève) aime tant Beethoven. Le film est vieux, le son déraille un peu, mais musicalement, c'est du Murnau !
Olivier Bellamy
Julia Varady
Pas étonnant que Bruno Monsaingeon, en général plus intéressé par les violonistes (Menuhin, Oïstrakh) ou les pianistes (Richter, Anderzewski) que par les chanteurs, mais toujours attiré par les personnalités atypiques, se soit passionné pour Julia Varady. A Munich et à Berlin, ses ports d'attache, cette Roumaine d'origine hongroise, mariée depuis 1977 avec Dietrich Fischer-Dieskau, a chanté Mozart et Strauss, mais aussi Verdi et Puccini. En revanche Paris, où elle était surtout connue comme une chanteuse "allemande", a attendu 1998 pour la découvrir dans Verdi , à l'occasion d'un Nabucco d'anthologie à l'Opéra Bastille. De même, sa discographie est abondante mais partiellement représentative de son répertoire : elle a enregisté ses grands rôles mozartiens et straussiens avec des chefs comme Karl Böhm, Georg Solti, Rafaêl Kubelik ou John Eliot Gardiner, prouvé son éclectisme dans des répertoire variés (elle est inégalée dans Le Château de Barbe-Bleue de Bartok - DG) mais il n'y a que quelques "live" et deux récitals enregistrés sur le tard chez Orfeo pour témoigner de son art dans l'opéra italien. En refusant la vie nomade des jet stars, en se faisant une réputation d'annuleuse, Julia Varady a délibérément renoncé à la grande carrière internationale. Elle n'en est pas moins devenue "culte".
Mêlant, selon son habitude, entretiens éclairants et documents filmés aussi rares que bien choisis, Monsaingeon brosse un portrait grandeur nature de cette artiste inclassable. Ce passionnant document est suivi d'un non moins passionnant document récital filmé à Paris, où Varady chante les Wesendonck lieder de Wagner et une mélodie de Tchaïkovsky avec victoria Postnikova au piano. En bonus, une répétition de La Jeune Fille Et La Mort de Schubert nous montre un Dietrich Fischer-Dieskau coach et accompagnateu, aussi exigeant avec son épouse qu'avec lui-même.
François LAFON
Chronique des nouveaux titres Classic Archive dans Classica-Répertoire, mai 2007 :
EMI propose cinq nouvelles références dans sa collection "Classic Archive". Inégal. Deux DVD de cette nouvelle série au moins sont absolument remarquables. Le premier est un portrait de la soprano Julia Varady, consistant en deux films de Bruno Monsaingeon. Entre de nombreux extraits de productions et de concerts, Julia Varady s'exprime sur sa carrière, ses choix musicaux, lance des piques notamment à l'attention des metteurs en scènes...Certains moments sont magiques, lorsqu'elle répète avec son époux au piano, Dietrich Fischer-Dieskau. En prime, un récital avec la pianiste Viktoria Postnikova qui l'accompagne dans les Wesendoncklieder de Wagner et, en bonus, une passionnante répétition de La Jeune Fille Et La Mort, toujours avec Fischer-Dieskau. Autre DVD à ne pas manquer, celui réunissant Nathan Milstein et Adrian Boult dans le Concerto pour violon de Beethoven. La suprême élégance de la direction et la chaleur chambriste du violoniste sont remarquablement captées en 1972. Le Philarmonique de Londres répond au galble et aux éclairages raffinés du chef. Dans la Symphonie n°8 de Vaughan Williams, dont il fut le le grand promoteur de l'oeuvre, Boult nous fascine par la précision et la délicatesse extrème de ses intentions traduites à la perfection.
On retrouve Ivry Gitlis dans le Concerto pour violon de Tchaïkovski (Francesco Mandler dirige l'Orchestre national de l'ORTF) et dans une série de pièces et de mouvements de sonates (Brahms, Bartok, Elgar, Wienlewski, Saint-Saëns...). Dans le Concerto, les cordes ne sont pas en place, mais la direction dce Mander (un chef qui abandonna hélas la direction d'orchestre !) est sensible et intelligente . Notons l'excellent bonus avec le Concerto n°2 de Paganini dirigé par Wislocki à la tête du Philarmonique de Varsovie. Le son et l'image son assez médiocres Un coffret en forme de fourre-tout.
Karl Richter dirige la soprano Evelyn Lear, le baryton Thomas Stewart, l'Orchestre philarmonique et les choeurs de l'ORTF dans un Requiem Allemand de Brahms capté à la salle Pleyel en 1964...et mal film-cadrages aléatoires, sans direction artistique, définition et contrastes médiocres. C'est dommage car la direction de Richter est d'une grande musicalité, de même que la la prestation des solistes, excellente et inspirées par les tempos du chef d'Orchestre et les choeurs demeurent passables, mais les cordes sont tout de même bien imprécises et les voix de femmes assez aigres dans les forte. Uniquement pour Richter donc. En bonus, des extraits d'opéras de Wagner avec l'Orchestre National de l'ORTF dirigé par Scmidt-Issedret musicalement plus marquant. Enfin, EMI a réuni sous le titre Legendary British Performers de multiples extraits de récitals et pièces interprétés par Jacqueline du Pré, Benjamin Britten, et Peter Pears, Alfred Deller John Barbiroll, Ogdon, Solomon et Myra Hess. La jeune violoncelliste passionée, filmée dans un décor guindée, joue Mendelsohn, Granados et Saint-Saëns et séduit tout autant que Britten qui accompagne Pears dans des mélodies anglaises. La voix d'Alfred Deller est touit aussi bouleversante, tandis que Solomon dans Schubert et Ogdon dans Lizt offrent, malgré une image terne, des documents précieux. On oubliera en revanche le médiocre document consacré à Barbiroli dirigeant le Hallé Orchestra (Dvorak) et la bande son archifausse deservant Myra Hess dans Bach et Beethoveen.
Stéphane Friédérich
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